Le deuil après un suicide
- Lou Borges
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- 2 avr.
- 3 min de lecture
Le deuil qui ne trouve pas sa place
Quand quelqu’un meurt, la société propose des repères : des rituels, des mots, des gestes.Mais face au suicide, ces repères vacillent.

Les proches se retrouvent souvent seuls avec leurs questions :Pourquoi ?Qu’est-ce que je n’ai pas vu ?Est-ce que j’aurais pu empêcher ça ?
Le deuil devient alors une quête de sens impossible.Car il n’y a pas toujours de réponse claire.
Et c’est là que commence une souffrance spécifique :celle de devoir vivre avec une histoire inachevée.
La culpabilité : “j’aurais dû…”
Après un suicide, la culpabilité s’installe presque automatiquement.
“J’aurais dû voir.”“J’aurais dû comprendre.”“J’aurais dû être là.”
Ces phrases tournent en boucle.Elles tentent de redonner un semblant de contrôle à une situation qui, en réalité, nous échappe profondément.
Parce qu’admettre qu’on n’a pas pu empêcher…c’est aussi accepter notre impuissance.
Et cette impuissance est difficile à tolérer.
Alors l’esprit préfère accuser : soi-même, les autres, les circonstances.Comme si trouver un responsable pouvait apaiser la douleur.
Mais la culpabilité, loin de réparer, enferme.Elle maintient dans une relation imaginaire avec le passé, où tout aurait pu être différent.
La honte : ce qui ne se dit pas
À la culpabilité s’ajoute souvent une autre émotion, plus silencieuse encore : la honte.
La honte d’avoir un proche qui s’est suicidé.La honte de ne pas comprendre.La honte de ce que les autres pourraient penser.
Le suicide reste, dans beaucoup de contextes, entouré de tabous.Il dérange, il inquiète, il met face à des questions existentielles que l’on préfère éviter.
Alors on se tait.
On évite d’en parler.On édulcore les faits.On dit “il est parti”, “c’était une maladie”, “c’était compliqué”…
Mais le non-dit ne protège pas.Il enferme.
Car ce qui ne peut pas être nommé continue d’exister autrement :dans le corps, dans les pensées, dans les relations.
La honte isole.Elle empêche de demander de l’aide.Elle fait croire qu’on est seul à vivre ça.
Les secrets familiaux
Dans certaines familles, le suicide devient un secret.
On n’en parle pas aux enfants.On évite le sujet entre adultes.On fait comme si…
Mais un secret ne disparaît jamais vraiment.
Il circule.Il se devine.Il se ressent.
Les enfants, par exemple, perçoivent très tôt qu’il y a quelque chose d’indicible.Quelque chose de chargé.
Et faute de mots, ils construisent leurs propres interprétations.
Le secret devient alors une présence invisible, mais agissante.Il peut influencer les relations, les choix, les émotions… sans jamais être clairement identifié.
Dans certains cas, il se transmet même d’une génération à l’autre.
Non pas comme un fait raconté,mais comme une atmosphère, une tension, une manière d’être au monde.
Le besoin de comprendre
Face au suicide, il y a un besoin presque irrépressible de comprendre.
On relit les messages.On repense aux conversations.On cherche des signes.
Comme si, en comprenant, on pouvait apaiser la douleur.
Mais comprendre ne signifie pas toujours trouver une réponse définitive.
Parfois, comprendre, c’est accepter qu’il y a une part qui nous échappe.
Que l’autre avait son monde intérieur.Ses souffrances.Ses contradictions.
Et que nous n’avions pas accès à tout.
Cette acceptation est difficile.Mais elle ouvre un espace différent :celui où l’on peut commencer à se détacher de la culpabilité.
La colère, aussi
On parle peu de la colère dans le deuil après suicide.
Et pourtant, elle est là.
Colère contre la personne partie.Colère de nous avoir laissés.Colère de ne pas avoir été considérés.
Cette colère peut être difficile à accueillir, car elle semble “interdite”.
Comment être en colère contre quelqu’un qui a souffert au point de mourir ?
Et pourtant, c’est une émotion légitime.
Elle fait partie du lien.Elle témoigne de l’importance de la relation.
La reconnaître, c’est aussi permettre au deuil de circuler.
Réapprendre à vivre avec...
Venez en thérapie, ne restez pas seul(e) face aux incompréhensions !




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